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Chap. 4

Au-delà des frontières

1991/01

un souvenir à partager ?

La première chose que fait un directeur, c’est valoriser les bonnes idées. C’est sur ce ton que commencera le mandat de Joël Rochat, en 1991. Ce polytechnicien spécialisé dans les télécommunications et sortant de vingt ans de carrière chez France Télécom, s'était porté candidat à la direction de l’INSA Lyon avec dans ses bagages, plusieurs idées naissantes. Je vivais à Nice à l’époque et j’ai fait 40 allers-retours Nice-Lyon pour mener ma campagne. J’avais quelques relais à l’intérieur de l’INSA Lyon et alors que les élections auraient dû se dérouler en juillet 1990, elles sont reportées à la fin de l’année pour cause de grèves des juges du tribunal administratif. J’ai eu le temps de creuser mon sillon, et j’avais un atout face au candidat universitaire qui se présentait face à moi : j’avais une carrière de directeur chez France Télécom se rappelle Joël Rochat. Je suis largement élu par le conseil d’administration avec une voix d’avance en décembre et ai pris mes fonctions dès le mois de janvier 1991 ironise l’heureux candidat. 

Humanisme INSA Lyon 57/17
                                      Joël Rochat ©INSALyon

À peine arrivé, son esprit managérial se met à l’ouvrage. Josiane Sacadura, toujours secrétaire de la direction, se souvient. Nouveau directeur, nouvelle organisation, il a fallu s’adapter à nouveau. Monsieur Rochat a apporté de la structuration. Il a créé des postes de directeurs, des services, des groupes de travail avec des chefs de projets. Les méthodes de travail ont changé

Le secrétaire général d’alors ne restera pas. Un nouveau département verra le jour : Génie Productique, dit GPR. Aux manettes, Patrick Prévot, impliqué quelques années plus tôt dans la naissance du département IF.

Quand j’ai créé GPR, je ne voulais pas d’amphis, je voulais travailler à une approche plus pédagogique, autour de la gestion de projets et des humanités, enseignées à l’INSA depuis toujours. Je voulais former des ingénieurs autonomes. A partir de là, j’ai construit un modèle, autour de la notion de projets collectifs, l’approche globale souligne Patrick Prévot, qui en sera le directeur pendant 10 années.

Ce fut une prise de risque à l’époque en matière de pédagogie. (GPR deviendra GI, Génie Industriel en 2001, une filière réputée pour former des ingénieurs axés sur la culture projet.) Et parmi les premières nouveautés instaurées par ce nouveau directeur de l'INSA, Joël Rochat : la direction de la recherche. Il y avait une direction de la formation, mais qu’un chargé de mission pour la recherche. J’ai nommé un directeur de la recherche, Robert Goutte, parce que même si la vocation d’une école d’ingénieurs était la formation, c’est à travers la recherche qu’on recrute les enseignants-chercheurs précise-t'il.

Robert Goutte, alors directeur du laboratoire de Traitement du Signal et Ultrasons (futur laboratoire CREATIS), était le préposé aux questions liées à la Recherche de Raymond Hamelin. C’est donc tout naturellement que Joël Rochat se tourne vers lui pour donner une autre dimension au volet Recherche de l’INSA Lyon. J’avais accompagné Raymond Hamelin à Paris le jour où le Ministère lui a demandé si un conseil scientifique existait à l’INSA. Il avait éludé la question mais en rentrant à Lyon, on s’était attelé à cette création. Cela nous a d’abord permis de faire un examen systématique de l’ensemble des unités qui travaillent à la Recherche, parce que certains chercheurs bossaient depuis 20 ans mais n’avaient jamais fait de comptes rendus de leurs travaux ! Par la suite, on a pu engager une réflexion plus poussée sur la disparition de certaines recherches ou au contraire la fusion de laboratoires et la création de collaborations. C’est dans cette optique d’ailleurs que naitra en 1998 un laboratoire dédié aux télécommunications, le CITI, avec Stéphane Ubeda à la direction, en même temps que le département Télécommunications, le 9ème de l’INSA Lyon. Ces deux créations étaient une évidence : on vivait l’explosion de ce domaine souligne Robert Goutte. 

En France, des sociétés apparaissent, prêtes à embaucher des profils adaptés et grâce au flair de Monsieur Goutte, l’INSA est en mesure de répondre à la demande du marché. Mais tout reste à définir. Quels ingénieurs fallait-il former ? Nous nous sommes rapprochés des grands du marché, France Télécom en particulier, pour savoir quels profils étaient attendus. Il y a avait déjà des techniciens spécialistes dans le domaine mais face à l’explosion des besoins, il manquait des forces pour créer de nouvelles applications et optimiser le fonctionnement du matériel pour accompagner cette révolution des télécommunications. À l’INSA, on a donc accolé « Services et Usages » au département Télécommunications précise Robert Goutte.

Pendant ce temps sera aussi créé un centre des Humanités, pour rassembler les enseignants d’Humanités en un même lieu. 

Humanisme INSA Lyon 57/17
    Promotion 1992 parrainée par Alain Guillon, Ingénieur INSA
                                 PDG d'ELF France ©INSALyon

Dans mon esprit, un ingénieur est doté de compétences scientifiques et au moins autant de compétences humaines. Dès l’origine, l’INSA a été créé pour former à un métier d’utilité sociale, et avec la mise en place du centre des Humanités, les projets en Humanités sont nés et ont renoué avec l’origine du modèle. Chaque étudiant avait à faire une étude sur un sujet de son choix au cours de sa formation. C’était un moyen de savoir ce qu’il avait dans le ventre souligne Joël Rochat. 

Autre réalisation : l’ouverture de la première filière internationale, EURINSA.

C’est Jean-Claude Bureau qui m’avait sollicité à ce sujet. Il avait le projet d’organiser un recrutement d’élèves européens et pas seulement français. Il proposait que ces élèves soient regroupés au sein du premier cycle dans une filière qui s’appellerait EURINSA. 

Banco. La filière ouvrira ses portes à la rentrée de septembre 1991, et elle inspirera l’ouverture de deux autres filières au fil du temps : ASINSA en 1998, puis AMERINSA, en 2000. Recherche, ouverture internationale, humanités et relations entreprises. Joël Rochat a permis de consolider les piliers du modèle INSA. Il terminera son mandat après une réalisation marquante : la création d’un incubateur d’entreprises, l’un des premiers du genre en France. Je suis allé voir Joël Rochat pour lui proposer de créer cet incubateur. Nous avons fait les statuts très vite et avons été dans la première vague d’incubateur en France. Il a été le Président de cette innovation, qu’on a appelée CREALYS, et moi le Directeur rappelle Christian Pillot.

INSAVALOR s’était développé, y compris sur le plan immobilier, et je suis fier d’avoir pu lancer l’un des plus gros incubateurs de France conclut Joël Rochat. CREALYS, né en 1999, existe toujours et a pris une dimension encore plus grande. L’incubateur « accélérateur d’innovation » porte depuis 2013 le nom de PULSALYS, regroupant les territoires de Lyon et Saint-Etienne.
 

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Pour aller plus loin 

Septembre 1998 : création du département TC

« En février 1998, la personne pressentie pour créer TC démissionne… Panique à l’INSA : le Département devait ouvrir 6 mois plus tard. C’est alors que l'équipe de Direction de l’INSA me demande de quitter immédiatement Génie Productique, GPR (devenu Génie Industriel) pour reprendre le flambeau, me considérant comme « l'homme projet » de la situation. Je venais de créer le département GI et voulais continuer la construction pédagogique entreprise (et qui n’avait pas l’heur de plaire à tout le monde…) en particulier en poursuivant la création et l’utilisation de Serious Games. C’est alors que je pensais à faire appel à un de mes anciens élèves de IF : Claude Guédat, Ingénieur à France Telecom. L’affaire fut faite et je l’ai accompagné du mieux que j’ai pu sur la période de lancement. Mais en 2002, lors de la cérémonie de remise des diplômes, Joël Rochat, Directeur de l’INSA, s’est tourné vers moi sur l’estrade et m’a demandé de remettre à Claude Guédat en son nom les diplômes de la première promotion sortie de TC. Et cet instant-là, je l’ai ressenti comme « l’évènement » le plus émouvant de ma carrière. » 
Patrick Prévot

Du bobsleigh un jour de 1998 ? Chaud devant !

« 1 minute… La plus longue minute de toute ma vie. Nous sommes en 1998, je pars à La Plagne avec plusieurs membres du Laboratoire Vibrations Acoustique qui vont effectuer des travaux de mesure sur le Bobsleigh de l’équipe de France, en vue des Jeux Olympiques d’hiver. Je les accompagne pour réaliser un reportage. A la fin de notre séjour, Gérard Christaud pilote professionnel, nous propose de faire la descente dans les conditions de la compétition. L’opportunité est unique, je dis oui tout de suite ! Je me fabrique une minerve en mousse à cause de mes problèmes de cervicales et me voilà installé dans le bobsleigh. Le pilote professionnel est devant, nous sommes au milieu avec mon collègue et derrière nous, le « brake » qui se charge de freiner. 

La descente commence...premier virage, deuxième virage et nous atteignons les 134 km/heure en un rien de temps. J’ai l’impression que je vais être éjecté à tout moment, il y a beaucoup de bruit et je ne peux même plus regarder autour de moi, tout est très violent. A l’arrivée, j’ai tellement de mal à me détendre que mes mains restent crispées pendant de longues minutes. 
J’ai vécu de belles choses pendant ma carrière à l’INSA et cette minute en particulier m'a marqué à tout jamais ! Est-ce un hasard mais cette année là, l’équipe de France a obtenu la médaille de bronze à l’épreuve « Bob à quatre H », avec un bobsleigh aux couleurs de l’INSA ! » 

Patrick Pinsard

Septembre 2000 : ouverture de la filière latino-américaine AMERINSA

Pour en savoir plus, cliquez sur la vidéo ci-dessous. 

 

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