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Chap. 2

Contre vents et marées

1961/74

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Après « l’exfiltration » de Jean Capelle, comme osent le dire certains de ses contemporains, un directeur par intérim est nommé à l’INSA. Monsieur Crauss, venu d’Alger où il exerçait en tant que Professeur, ne restera que quelques mois sur le campus de Villeurbanne avant que n’arrive Henri Lefebvre. Certains diront de lui « qu'il a sauvé l’INSA »…

À cette époque, au Ministère de l’Enseignement Supérieur, on voulait inciter la création des IUT explique Robert Arnal, Professeur des premières heures insaliennes. Il faut savoir qu’à ce moment-là, l’enseignement de la technologie s’arrêtait à BAC+2, d’où la dénomination d’IUT. Au-delà, on enseignait les sciences appliquées, d’où le A de l’INSA. À la recherche de locaux pour implanter un IUT à Lyon, le Ministère jette alors son dévolu sur l’INSA Lyon qui disposait de mètres carrés en trop. Henri Lefebvre fera capoter le projet poursuit Robert Arnal.

Polytechnicien, Henri Lefebvre aurait fait intervenir le réseau nécessaire pour stopper les ambitions que le Ministère avait alors pour l’INSA. 

Contre vents et marées. INSA Lyon 57/17
          Bikes in front of the Small Refectory - 1962 ©INSALyon

Une deuxième tentative du Ministère pour transformer l’INSA succédera à celle-là quelques années plus tard ajoute Robert. Après Henri Lefebvre, c’est Marcel Bonvalet qui est parachuté par le Ministère. Il dirigeait l’école d’ingénieurs de Nancy…précise-t'il.

Il avait créé cette école et le Ministère l’a ensuite positionné à la direction de l’INSA pour obtenir son expertise. Il n’a pas été nommé directeur tout de suite d’ailleurs se rappelle Josiane Sacadura. 

Nous sommes en octobre 1966 et l’arrivée de Josiane Sacadura coïncide avec celle de Marcel Bonvalet. Elle sera sa secrétaire. Monsieur Bonvalet voulait récréer sur Lyon le modèle de son école de Nancy, qui fonctionnait très bien il faut le reconnaître. Après son propre déménagement, il a voulu ramener le personnel enseignant de Nancy puis ses élèves… La situation s’est gâtée par la suite… ajoute Josiane.

Si certains personnels administratifs et enseignants sont effectivement accueillis à l’INSA, les élèves n’y pointeront pas un cartable. Car sur le campus villeurbannais, le corps professoral et l’association des anciens élèves de l’INSA sont d’accord : ils s’opposent à cette invasion. 

Struggling against wind and tide - INSA Lyon
                                   Patrick Prévot ©INSALyon

J’ai été diplômé en 1966 après avoir fait EN, électronique. A l’époque, on parlait de sections, pas de départements. Et puis, il y avait des sections « nobles » et des sections « techniques », le clivage était très fort sur le campus ! se souvient Patrick Prévot. Ce bordelais d’origine, 2ème prix au concours national de mathématiques, arrive à l’INSA en 1962 sans imaginer qu’il fera toute sa carrière dans cette école. Un parcours qui sera marqué par une véritable révolution : la naissance de l’ordinateur.  On est venu à l’informatique par l’ordinateur ! Et plus précisément par l’électronique de l’interface ! C’est comme ça qu'on a eu à se pencher sur la programmation, sur la maitrise des logiciels en temps réel... La discipline informatique n’existait pas, on a eu tout à inventer ! se rappelle Patrick Prévot. C’est d'ailleurs Robert Arnal qui va prendre son bâton de pèlerin pour introduire la discipline informatique à l’INSA Lyon.

Et justement à ce moment-là, le modèle de formation INSA va évoluer : de 4 ans, il passe à 5 ans. Le premier cycle durera 2 ans et le cycle d’ingénieur, 3 précise Patrick Prévot.

C’est en effet en octobre 1968 que le directeur Marcel Bonvalet me convoque et me dit qu’il part en fin de semaine à Madagascar où il vient d’être nommé recteur. Il m’informe que la section d’électronique est supprimée et me charge de créer un département d’informatique avec les membres de mon laboratoire. Ces décisions lui avaient été imposées par la Direction de l’Enseignement Supérieur, il avait confié à ses proches qu’on allait vers un échec se souvient Robert Arnal. 

En 1969, la section EN devient le département IF pour Informatique. D’autres départements verront le jour, issus des sections enseignées jusqu’alors à l’INSA. Construction Civile et Génie Urbain formeront le département Génie Civil Urbanisme, Construction Mécanique et Mécanique Appliquée deviendront Génie Mécanique Construction, Electrotechnique Appliquée deviendra le département Génie Electrique. 

Je suis rentré à l’INSA en octobre 1967, j’étais parti pour 4 ans à l’époque. Mais le directeur Marcel Bonvalet nous a accueillis dans l’auditorium en nous annonçant qu’on partait pour 5 ans de formation ! Nous étions la 11ème promo de l’INSA, la première en 5 ans se souvient Jean-Marie Reynouard, ingénieur INSA diplômé en juillet 1972. On a très bien vécu ce passage, même si en deuxième année, cela a été compliqué. Ma promo a essuyé les plâtres, c’était la grosse improvisation ! 

Très bien classé en fin de deuxième année, Jean-Marie choisira de rentrer dans le nouveau département Génie Civil et Urbanisme de l’INSA Lyon, fruit de la fusion de Construction Civile et Génie Urbain. Il sortira 2ème de promotion. Marcel Bonvalet s’en va et Jacques Robin s’en vient. Professeur de chimie à l’INSA Lyon, il va assurer la direction de l’établissement par intérim dès 1969. Une transition qui durera 5 ans.

Personne ne voulait de ce poste de directeur par intérim, sans pouvoir entreprendre grand chose et dans l’attente de la nomination de quelqu’un par le ministère. Jacques Robin était le seul candidat explique Michel Magnin, diplômé INSA 1969 et membre actif de l’AIDIL, association des Ingénieurs et Diplômés INSA Lyon.  

Jacques Robin vivra le passage à 5 ans du modèle de formation INSA, il vivra aussi quelques épisodes conflictuels, notamment autour de la formation continue. 

Contre vents et marées. INSA Lyon 57/17
        Colonne à distiller - Chimie - décembre 1964 ©INSALyon

Le gouvernement avait fait voter une loi en 1971 sur la formation continue, obligeant les sociétés à dépenser 1,1% de la masse salariale vers la formation. Cette loi obligeait aussi les universités et les écoles d’ingénieurs à se doter de formation continue, or à l’INSA, cela existait déjà, c’était même la troisième mission de l'école après la formation et la recherche. L’école avait d'ailleurs confié à l’association des anciens élèves cette mission, d’où la naissance en 1962 du CAST, Centre d’Actualisation Scientifique et Technique* précise Michel Magnin. 

Jacques Robin va pourtant créer un service de formation continue propre à l’INSA, entrant directement en conflit avec les responsables associatifs du CAST. Le problème se solutionnera par la nomination d’un salarié de l’association à la direction du service de formation continue de l’INSA, Raymond Terracher, ingénieur Constructions Civiles diplômé en 1965 à l’INSA Lyon, que les villeurbannais connaîtront bien par la suite puisqu’il sera conseiller municipal puis Maire par intérim de la ville.

L’intérim de Jacques Robin n’a pas vraiment d’horizon et les années se succèdent. 1973 marquera l’apogée d’une ambiance plus qu’anarchiste sur le campus.Toute ma scolarité de 5 années a été perturbée par des grèves se rappelle Jean-Marie Reynouard. L’INSA était catalogué comme une école de gauchistes ! Moi, j’ai vu Jacques Robin dans un bureau occupé pendant plusieurs semaines par des étudiants, et il n’y avait pas que des INSA ajoute-t-il. En 1973, Jacques Robin sera même acculé. Il ira jusqu’à fermer le Premier Cycle gangréné par une grève, lancée d’abord par les étudiants de deuxième année puis suivie par leurs cadets.
 

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Pour aller plus loin

Le département Informatique : envers et contre tout

« Avec la création du département IF, nous étions pionniers. Nos seuls concurrents étaient l’IMAG, l’école d’informatique de Grenoble. Eux étaient venus à l’informatique par les maths, nous par l’électronique digitale. Nous avions des cultures différentes : eux le compilateur, nous le hardware. Notre discipline n’existant pas, nous avons tout construit par nous-mêmes, dans la difficulté, avec des non-reconnaissances de carrières… Il y a eu beaucoup d’aigris. Mais cela nous a développé l’esprit de combat, il a fallu survivre et on l’a fait avec la foi du charbonnier. On a vraiment souffert mais aujourd’hui on peut le dire : la création du département IF est un succès. »
Patrick Prévot

L’INSA Lyon pionnier en formation continue !

« Personne n’avait jamais entendu parler du terme de formation continue avant son apparition dans les premiers statuts de l’INSA ! La direction de l’INSA s’est adressée en 1961 à la toute jeune association des anciens élèves et lui a confié cette mission. Il fallait trouver le moyen de garder les ingénieurs formés à l'INSA dans le coup. Le Centre d’Actualisation Scientifique et Technique naîtra en 1962 et Jean-Paul Paris en sera le premier directeur » se souvient Jean-Louis Sauvonnet, diplômé de la première heure et membre de l’association des anciens élèves. 
En 1971, avec la loi du 16 juillet, la France introduit une obligation de dépense de formation à la charge des entreprises. L’INSA Lyon, qui avait anticipé quasi 10 ans plus tôt cette nécessité de la formation continue, laisse la gestion de cet aspect au CAST et décide de créer en plus le service Mission de Formation Continue, dédié à la formation diplomante.

La cadillac rose 

« Marcel Bonvalet roulait en cadillac rose. On avait surnommé sa voiture « le flamant rose ». Un jour, il tombe en panne et vient me trouver pour que je l’aide. Il me demande si j’ai une voiture, je lui réponds par l’affirmative en lui précisant qu’elle est sur le parking. « Vous avez quoi ? » me demande-t-il, je lui réponds « une 2CV ». Il se moque de moi et je lui rétorque « que ma 2CV au moins, elle roule !»
Josiane Sacadura

Les premiers regards tournés vers l’international

« Avant d’arriver à Lyon, Marcel Bonvalet avait des liens avec l’IIT, Illinois Institute of Technology. Il a voulu que l’INSA en profite et a nommé Madeleine Gille, alors assistante de direction, responsable des Relations Internationales. Ce fut un scandale ! Une femme, de l’administration, payée par l’INSA pour se rendre aux Etats-Unis, c’était impensable à l’époque ! »
Josiane Sacadura

Dès le début des années 60, l’INSA développe notamment des liens avec l’Allemagne et son Institut de Technologie de Karlsruhe. 1ère promo, 1er accord de partenariat européen avec Karlsruhe. Jumelage.

« Jacques Robin était germanophone. Quand il était ingénieur à l'usine Ugine-Kuhlmann, il avait été plusieurs fois à Karlsruhe et s’était fait des relations. Je me souviens aussi d’un Professeur en mécanique des fluides, d’origine allemande, bien impliqué dans les relations franco-allemandes, Konrad Kinkelin. On l’appelait 3K » se souvient Michel Magnin. 

Konrad Kinkelin négociera effectivement l’accord de double diplôme de Génie Mécanique KARLINSA en 2002, sous Alain Storck« Konrad disait que tant qu'il n’y aurait pas de candidats allemands, il n’ouvrirait pas. Quand j’ai pris sa suite, j’ai démarré le cursus double-diplôme avec des français rejoint dès la 3ème année par des allemands. A l’époque, l’Institut de Technologie s’appelait Université de Technologie de Karlsruhe (T.H. : Technische Hochschule)» ajoute Arnaud Sandel, responsable de KARLINSA de 2002 à 2015, et chargé des relations géographiques Allemagne-Autriche de 2007 à 2012, et responsable du premier cycle à Karlsruhe de 2007 à 2016.

L’INSA ne cessera ensuite de regarder au-delà des frontières.

Mai 68

« Du côté des étudiants, les événements de 1968 avaient été marqués par une « grève de solidarité » qui s’est traduite par la cessation des cours début mai. Mais il n’y avait pas eu de problème grave propre à l’INSA qui, d’ailleurs, dans ses méthodes de travail, était nettement en avance par rapport à beaucoup d’autres établissements de l’enseignement supérieur. Pour la petite histoire, je mentionnerai simplement deux sujets qui ont été à l’origine d’une nette agitation. L’un concernait la libre circulation dans les résidences puisque les élèves étaient en majorité pensionnaires, et les élèves de sexes différents habitaient dans des résidences différentes. Certains élèves réclamaient cette libre circulation, que la tolérance du Ministère leur a accordée.  

L’autre était relatif aux vacances d’hiver qui avaient lieu une semaine entre les deux semestres d’enseignement. Dès l’origine de l’INSA, le recteur Capelle avait fait adopter le principe que celles-ci soient constituées par un séjour en montagne que l’on a dénommé « stage de neige » (sauf exceptions justifiées). Mais les élèves, relayés en cela par certains enseignants, ont estimé que ce n’était pas une détente puisque c’était prévu dans l’emploi du temps annuel et qu’au retour d’un stage de neige, il leur fallait une semaine de vacances ! Cette réclamation ridicule est devenue de plus en plus vive avec le temps, et c’est la suppression du stage de neige que le Conseil de l’INSA a finalement décidé.»
Jacques Robin

Catastrophe de Val d’Isère

« Tous les ‪10 février à 8 heures du matin, je suis envahi d’une grande émotion engendrée par l’idée d’avoir échappé à la mort de très près. Je suis sorti vivant, légèrement blessé, mais je suis un des rares rescapés du réfectoire nord du chalet de l’UCPA de Val d’ Isère. Nous étions en train de déjeuner ce mardi 10 février 1970 quand cette avalanche de poudreuse meurtrière partie du Front du Dôme a frappé le chalet. La neige compactée a rempli le réfectoire nord jusqu’au plafond. J’ai survécu car je fus « soufflé » à travers une vitrine, j’ai ensuite atterri dans l’autre réfectoire. Quand je revis cette catastrophe, toutes mes pensées vont vers la mémoire de ces 39 personnes, dont 6 insaliens, tuées par cette avalanche meurtrière.» Francis Pithon, ingénieur INSA Lyon

Placard à archives

Courrier d'admissions 1971
                                                                                                 Courrier d'admissions 1971 ©INSALyon
 
Groupe 4, 8è promo
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