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Chap. 5

Image et notoriété

2001/11

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La direction de l’INSA Lyon devenue vacante après la fin du mandat de Joël Rochat, qui allait-être choisi par le Conseil d’Administration de l’INSA Lyon pour guider le navire ? Les candidatures s'empilent et les sillons se tracent, lorsque se présente Alain Storck, in extremis. Ce directeur d'une école d’ingénieurs de Nancy avait été informé par une de ses connaissances, le directeur du CETHIL Jean-François Sacadura, de la vacance du poste. Je n'étais pas du tout dans l’optique de quitter Nancy à l’époque. Tout le monde pensait que je briguais la présidence de l’INPL (Institut National Polytechnique de Lorraine)… Le sort en a fait autrement annonce Alain Storck.

Considéré comme outsider, Alain Storck n'est a priori pas le candidat idéal, en manque de soutiens insaliens. Sur le point d’abandonner, il est rattrapé par le président du Conseil d’Administration de l’établissement, Paul Rivier. Il me propose une rencontre au siège de la Région Rhône-Alpes, à Charbonnières. Je lui fais la présentation de mon projet et là, il m’invite à poursuivre ma candidature précise Alain Storck. Finalement élu par le CA, il prendra ses fonctions le 1er mai 2001.

Alain Storck INSA LYON
                                     Alain Storck ©INSALyon

Jusqu’à présent, vous dirigiez un hors-bord. Là, vous allez diriger un paquebot lui lancera Paul Rivier le jour des élections.

Je me souviens de mon arrivée sur le campus. C’était le 1er mai, voyez l’ironie ! Il faisait un temps épouvantable, j’avais quitté Nancy et toutes mes attaches pour la première fois de ma vie… On m’installe dans une petite maison, pas loin du cimetière militaire, j’avais le moral dans les chaussettes se rappelle Alain Storck. Ses premières impressions vite passées, le nouveau directeur entre en scène avec une grande ambition : donner à l’INSA toute la visibilité qu’il mérite, sur le plan national et international. Les rencontres se succèdent, la vie de l’INSA s'étoffe et une première victoire s’offre à Alain Storck.

Ce fut une grosse opération, difficile à mener. Nous voulions intégrer, au sein de l’INSA, l'École Supérieure de Plasturgie (ESP) d’Oyonnax. Et quand il s’agit d'absorber une petite école, il y a toujours des freins. Les gens d’Oyonnax et de la chambre de commerce et d’industrie ont été jusqu’à se demander si nous n’étions pas seulement intéressés par les beaux locaux de l’ESP plutôt que par son intégration ! Mais ce fut au final une réussite se souvient Alain Storck. 

Le 23 décembre 2004 marque donc l’intégration au sein de l'INSA de l'Ecole Supérieure de Plasturgie d’Oyonnax. Elle permet d'abord sur le plan de la formation l’ouverture de la filière GMPP (Génie mécanique Procédés Plasturgie) au sein du département Génie Mécanique Conception. Ensuite, sur le plan de la recherche, cette intégration a également amené la création d'un groupe de travail multidisciplinaire : le GRPP, Groupe de Recherche Pluri-disciplinaire en Plasturgie. Il regroupait 4 laboratoires (CETHIL, LAMCOS, IMP, Matéis) au sein desquels ont été affectés les enseignants-chercheurs et personnels techniques et administratifs de l’ESP ajoute Jean-Marie Reynouard.

Directeur des études doctorales, Jean-Marie Reynouard est d’ailleurs devenu directeur de la recherche, nommé par Alain Storck en 2001. Pendant 10 ans, le duo dirigera une politique de restructuration de la recherche, en quête de reconnaissance scientifique.Tout d’abord, convaincus que les doctorants sont la main-d’oeuvre de la Recherche, nous avions fait en sorte que le département des études doctorales prenne une autre dimension en devenant une direction adjointe de la recherche. Jean-Michel Jolion, aujourd’hui Conseiller au sein du cabinet de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem, en a été le premier directeur explique Jean-Marie Reynouard. Ensuite, on s’est attelé à la restructuration de la recherche à l’INSA Lyon. A l’époque, certains laboratoires n’avaient aucune reconnaissance, très peu d’entre eux étaient associés au CNRS. On les a pris par secteur et on a restructuré : en mécanique par exemple, on a fusionné 4 laboratoires en un, en ayant eu la chance de pouvoir confier la mission à Alain Combescure, qui quittait l'ENS Cachan pour nous rejoindre, fort d'une expérience de 20 ans au CEA Saclay. Aujourd’hui, ce labo, le LaMCoS, est l’un des 3 plus gros laboratoires de mécanique en France résume Jean-Marie Reynouard. 

Autre secteur soumis à la révision : l’informatique. Si les étudiants diplômés du département IF se plaçaient « comme des petits pains » sur le marché du travail, les laboratoires INSA associés à cette spécialité vivaient des heures difficiles. Il y avait 4 laboratoires dont 2 à cheval sur l'Université Lyon 1 et l’INSA ajoute Jean-Marie Reynouard. Nous avons abouti à leur fusion et donc à la naissance du laboratoire LIRIS, dont la direction fut assurée par un Professeur de Lyon 1, puis par Attila Baskurt, qui était alors le directeur du département Télécommunications. Il en a fait un très bon laboratoire.

D’autres laboratoires naîtront de petites fusions, comme MATEIS, avec à sa direction Jean-Yves Cavaillé. Et 3 laboratoires internationaux associés verront le jour : ElyTLab à Tohoku au Japon, LN2 à Sherbrooke au Canada et METISLAB avec le Harbin Institute of Technology en Chine. De 33, nous sommes passés à 20 laboratoires, avec la très grande majorité en co-tutelle avec le CNRS et cela nous a apporté une sacrée reconnaissance scientifique, de la visibilité sur le plan national et international souligne Jean-Marie Reynouard. 

Et pour Alain Storck, voir le nombre de doctorants augmenter fut aussi une vraie satisfaction. Ils étaient 421 quand je suis arrivé, 650 quand je suis parti. On a démystifié la recherche auprès des élèves-ingénieurs, en menant des opérations découverte durant leur formation ajoute Alain Storck. 

Splendeur INSA Lyon 57/17
           Inauguration de la Fondation INSA Lyon ©Basile Simon

Amener des talents à la recherche et favoriser la diversité ont été deux éléments marquants de cette première décennie des années 2000. Et c’est en 2005, dans un contexte national plus que tendu, que les choses s’accélèrent sur la problématique de la diversité. Les banlieues brûlent et le gouvernement perd le fil. Les grandes écoles ont un rôle d’ouverture sociale à jouer que la Conférence des Grandes Ecoles tient à les voir tenir. 

Les écoles d’ingénieurs étaient perçues comme des lieux de formation pour les élites aux yeux des banlieues et il fallait favoriser la diversité sociale dans un contexte de crise exacerbée, rappelle Yves Jayet, ingénieur INSA Lyon Génie Physique diplômé en 1976. J’étais Directeur du Premier Cycle de l’INSA Lyon quand Alain Storck vient me voir pour me demander d’engager le Premier Cycle dans cette démarche d’ouverture. J’avais déjà embauché une psychologue en 2001 pour accompagner nos élèves de première année et c’est avec elle, Karine Rouyre, que je vais mettre en place un certain nombre de dispositifs, à commencer par la cellule handicap ordonnée par un texte du Ministère précise Yves. 

Pour amener de la diversité sociale sur le campus villeurbannais, Yves Jayet se tourne ensuite vers les lycées de banlieues et créera en 2007 avec Guy Athanaze, enseignant de mathématiques de l’INSA, les Cordées de la Réussite, un programme financé par le Ministère de la Ville pour que les établissements d’enseignement supérieur « tirent » les élèves du secondaire.

Et puis en 2009, Alain Storck me propose de créer une structure dédiée à la diversité sous toutes ses formes : ouverture sociale, ouverture à l’international, au handicap, académique (en ouvrant le concours à d’autres bac que le S). De mon côté, j’avais envie  de participer à l’affichage extérieur de cette politique au sens large poursuit Yves Jayet. En 2009 naît donc le Centre Diversité Réussite, qui va redonner à la diversité toute sa dimension première : un pilier du modèle INSA. La diversité est un facteur de richesse et plein de choses étaient faites en ce sens à l’INSA. Avec Yves Jayet, on a voulu mettre en place une politique globale pour mieux coordonner cette diversité et mieux la promouvoir. On a abouti à la création du Centre Diversité Réussite et Yves en a été le premier directeur commente Alain Storck. 

C’est aussi à la fin de cette première décennie qu’une création majeure verra le jour sur le campus villeurbannais : la Fondation INSA Lyon, objet de convoitise et outil approprié. Créer une fondation était très à la mode à l’époque, beaucoup voulaient y parvenir, se souvient Alain Storck. Premièrement pour des raisons financières, pour augmenter et diversifier les ressources d’un établissement. Et aussi pour structurer les partenariats globaux avec les entreprises. Parce qu'une société qui rentre dans une Fondation avec 1 million d’euro ne le fait pas que pour du business, elle partage aussi une vision stratégique avec l’école souligne Alain Storck, qui avait alors fait le choix d’une Fondation partenariale pour partager le pouvoir avec les entreprises mécènes. Une vision partagée avec Alexis Méténier, premier directeur de la Fondation INSA Lyon, qui a officiellement vu le jour en 2010.

Splendeur INSA Lyon 57/17
 Cérémonie de Remise des Diplômes - Salle 3000 - 2007 ©INSALyon

L’INSA Lyon continue sa course et s’attelle à sa dimension réseau. En 2010, 4 autres INSA existent en France : Toulouse (créé en 1961), Rennes (1966), Rouen (1985) et Strasbourg (2004). L’INSA Lyon donnera l’impulsion de la création d’une charte des INSA et la mise en place du dispositif INSA partenaires, permettant à des institutions intéressées par le modèle de rentrer dans le réseau. Réseau qui devient le Groupe INSA, garant d’une identité commune, d'un modèle de formation unique en son genre et de valeurs partagées, tout en acceptant les divergences de chaque entité. 

Si la notoriété du campus dépasse les frontières et fait grimper l’INSA dans les classements, les finances de l’établissement frôlent la correctionnelle. Un projet architectural finira de mettre les comptes dans le rouge : la bibliothèque Marie Curie, inaugurée le 8 avril 2010, qui demandera à l’INSA un investissement financier supplémentaire de quelques 6 millions d’euros. Le fond de roulement de l’établissement est loin des 60 jours requis pour maintenir le navire à flots. Dans le viseur du rectorat, quels lendemains pour la première école post-bac d’ingénieurs en France ?

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Pour aller plus loin

2003 : naissance du rhino 

Mascotte officielle des élèves-ingénieurs de l'INSA Lyon, le rhino trône sur la pelouse des Humanités depuis 2003. C'est le plasticien Jean-Marc Bonnard qui l'a entièrement réalisé, en fonte. Rouge, vert fluo, à pois, à rayures, en tenue de gala : il en voit de toutes les couleurs, selon l’humeur des étudiants ! Pour le 5717, la section arts-plastiques-études lui rendra sa corne, perdue en 2011... Rendez-vous le 22 septembre 2017 pour la Journée mondiale du Rhino !

Photographies du rhino ©Jean-Marc Bonnard

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2009 : création de la filière Génie Mécanique Procédés Plasturgie par l'apprentissage, GMPPA.


De POLDEN à PROVADEMSE

« Nous avions créé POLDEN et on s’est vite rendu compte qu’il fallait élargir le champ des compétences, alors nous proposons la création du GIS EEDEMS avec le labo (devenu entre temps le LGCIE, l’ENTPE et le CSTB, en 2000). Pour que l’ensemble puisse fonctionner, nous frappons à la porte de la Région Rhône-Alpes pour obtenir des moyens et créer une plate-forme. Grâce à notre expérience de cet outil, nous avons pu répondre au nom de l’INSA de Lyon et des GIS ENVIRHONALP et EEDEMS quelques années plus tard en 2008 à un appel à projets national du Ministère de l’Industrie et un appel à projets Régional pour créer une plate-forme technologique plus ambitieuse sur le plan national et international. Ce sont les prémices de la plate-forme PROVADEMSE. Nous obtiendrons des financements et je prends la direction de PROVADEMSE, qui voit le jour en 2010, avec l’objectif de développer des procédés de traitement et de valorisation des déchets plus respectueux de l’environnement. »
Jacques Méhu

2009 : CAST S.A. est intégrée dans INSAVALOR

Filiale de valorisation et transfert de technologie de l’INSA Lyon, INSAVALOR intègre la société CAST S.A. et ajoute à son activité le champ de la formation continue, de manière ainsi cohérente avec la valorisation de la recherche. Michel Descombes en a toujours la charge au sein d'INSAVALOR, directeur du CAST S.A. depuis 1999, succédant à Jean-Paul Paris, Raymond Terracher et Christian Pillot.

2010 : Création de la Fondation INSA Lyon