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Chap. 3

Ouverture et diversité

1974/91

un souvenir à partager ?

Une agitation d’un nouveau genre s’est donc installée sur les pelouses et dans les amphis, jusqu’à l’occupation des bureaux de l’administration. Un relent de mai 68 règne sur le campus, mélangé aux revendications éparses des étudiants. On a vécu une longue époque contestataire. Pendant de nombreux mois, j’arrivais dans mon bureau le matin, et je faisais sortir 2 ou 3 étudiants qui avaient dormi là, qu’il fallait que je réveille pour qu’ils s’en aillent se rappelle Josiane Sacadura. 

À la tête de cette école en plein esprit révolutionnaire, Raymond Hamelin. En fonction depuis le mois de septembre 1974, il vivra 4 années difficiles avant que la situation ne s’apaise. Le calme est revenu en juin 1978, la lassitude certainement. 4 ans, cela fait une promo qui disparaît, les suivantes étaient plus calmes. À partir de là, ont émergé et se sont développées beaucoup d’idées nouvelles se remémore Josiane Sacadura.

Ce sera la fermeture et l’ouverture de nouveaux départements. Raymond Hamelin avait commencé par fermer le département de Chimie. C’était pourtant l’une des trois disciplines phares de l’INSA, avec Physique et Mécanique. Mais le contexte de l’époque a eu raison de cette fermeture. En face de l’INSA s’était créée une école portée par les industriels eux-mêmes, l’Ecole Supérieure de Chimie Industrielle de Lyon, l’ESCIL, ancêtre de l’actuelle CPE. Le Ministère avait donc demandé la fermeture du département Chimie de l’INSA, sachant qu’en plus, le marché de l’emploi dans ce domaine n’était pas au beau fixe souligne Jean-Marie Reynouard, diplômé INSA GCU 1972. Mais beaucoup d’enseignants-chercheurs de l’INSA travaillaient sur la chimie, et ce fut l’opportunité pour eux de se tourner vers un autre domaine : l’environnement précise Jean-Marie Reynouard. 

Ouverture et diversité INSA Lyon 57/17
Bioenvironnement électromagnétique - Roger Santini, Juin 1991 ©INSALyon

Le département GEn, Génie Energétique et Environnement verra ainsi le jour. J’étais venu à l’INSA pour le département Génie Physique, j’étais passionné par les sciences de l’univers. Je venais du Charolais, et rentrer à l’INSA était mon seul objectif à la sortie du lycée. Admis, je découvre un campus extrêmement vivant et ce qui m’a impressionné, c’est la conscience politique d’extrême-gauche qui régnait alors. On ne voulait plus travailler dans l’industrie. Les étudiants faisaient grève et les professeurs ne parvenaient plus à rentrer en contact avec nous. Sauf un : Alain Navarro. Il avait réussi à créer le lien, et j’ai ensuite décidé de le suivre dans le département qu’il avait contribué à créer : GEn raconte Jacques Méhu,  promo 18. Pour le jeune étudiant qu’il était, ce fut une époque fabuleuse. Nous étions en pleine découverte de l’écologie, de l’environnement. Et les profs découvraient les choses en même temps que nous, c’était merveilleux ! C’était l’époque de l’écologie politique et on étudiait avec enthousiasme ! s’exclame Jacques Méhu.

GEn s’émancipe et l’INSA s’ouvre encore plus, sur la diversité et sur le monde. Raymond Hamelin permettra des innovations pédagogiques, comme la mise en place des lanières en premier cycle, permettant d’alléger les effectifs par amphi en subdivisant les promotions, ou encore l’ouverture de la section internationale SCAN avec les cours en anglais. C’est aussi à cette époque que naîtront les avant-gardistes « sections études », à commencer par sport-études. Robert Vanel, premier Directeur de la section Sportif de Haut Niveau raconte.

Les sections pour sportifs de haut niveau existaient dans le secondaire depuis 1974 mais aucun équivalent n’avait été mis en place dans le Supérieur. Les sportifs de haut niveau sortant du secondaire rejoignaient à cette époque le CREPS (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportives) pour devenir professeurs d’EPS. L’initiative de combler ce vide énorme dans le paysage français revient à Marcel Mendez, Professeur de Basket-ball et Directeur du Services des Sports à l’INSA Lyon. En parallèle, Raymond Hamelin avait aussi mené une réflexion sur le sujet, se basant sur une étude faite auprès des industriels. Elle mettait en évidence que si les élèves formés dans le Supérieur étaient très bons, leur savoir-être présentait d’énormes problèmes qui les rendaient insuffisamment armés pour le monde du travail explique Robert Vanel

Des solutions sont explorées sur le campus et voyagent jusqu’à Paris dans la sacoche de Raymond Hamelin, auprès de Ministère de la Jeunesse et des Sports. 

Ouverture et diversité INSA Lyon 57/17Il obtiendra un accord, mais pas de postes ! En 1981, Marcel Mendez me passe la main, il avait des problèmes de santé et je décide de m’emparer du dossier. La même année, Charles Hernu, alors maire de Villeurbanne, que nous connaissions bien sûr, est nommé Ministre de la Défense. Ce sera notre sésame ! s’exclame Robert Vanel. 

Main dans la main avec Raymond Hamelin, ils passeront par Charles Hernu pour atteindre Alain Savary, Ministre de l’Education Nationale. Ils obtiendront des postes et un accord pour lancer à l’INSA Lyon une section sportive de haut niveau. 

Le succès est quasiment immédiat. Bruno Marie-Rose, élève-ingénieur au département informatique deviendra le recordman du monde du 200 mètres en salle en 1987, il décrochera son diplôme d’ingénieur l’année suivante. Les médias, avec les télévisions en tête, compareront l’INSA Lyon aux universités américaines ! L’année suivante, 5 étudiants participeront aux Jeux Olympiques de Séoul précise Robert Vanel, qui sera sollicité à maintes reprises pour présenter ce modèle INSA Lyon, à la demande de la Conférence des Grandes Ecoles.

La belle aventure ne s’arrête pas là. Musique-études, arts-plastiques, danse et théâtre font naître de nouvelles sections. Suivront aussi l’intensification des relations internationales, la naissance de la filiale de valorisation INSAVALOR puis du Centre d’Entreprise et d’Innovation, les transferts de technologie et la coopération internationale en direction des pays en voie de développement. La naissance d’INSAVALOR en 1988 est remarquable dans l’univers de l’enseignement supérieur. L’INSA Lyon a été pionnier en décidant de créer une filiale de transfert et de valorisation des technologies, du jamais-vu jusqu’alors ! Cette nouveauté voit le jour en réponse à la loi Savary qui fixait aux établissements d’enseignement supérieur 4 objectifs : la formation initiale et continue, la recherche scientifique, la diffusion de la culture scientifique et de l’information scientifique et technique, et la coopération internationale. Un an plus tard, le CAST, dédié à la formation continue et jusqu’alors géré par les anciens élèves, va être transformé en CAST S.A. explique Michel Descombes, qui en sera d’ailleurs l’un des directeurs.
En créant les deux premières filiales d’établissements supérieur en France, INSAVALOR et CAST S.A., l’INSA Lyon fait figure de précurseur et se donne les moyens de développer sa vision d’ouverture sur le monde, notamment sur les entreprises, en remplissant dignement ses missions de formation, recherche et transfert de technologie. 

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Pour aller plus loin

Josiane Sacadura se souvient de Raymond Hamelin

« J’ai toujours eu conscience que ma chance fut grande d’avoir été aux côtés de Raymond Hamelin et d’avoir pu ainsi participer à cette aventure insalienne qu’il a rendue innovante, « avant-gardiste » et passionnante. Pour moi, ce furent 17 ans de travail très intense et de responsabilités importantes. Je ne le regrette pas, bien au contraire, ce fut une expérience très enrichissante : 10 minutes en tête à tête avec lui, c’était deux journées de travail, qui se faisaient d’ailleurs sans difficultés inutiles, car tout était clair, l’initiative donnée totale, à partir du moment où les tenants et les aboutissants étaient connus. Si les journées étaient souvent longues, les moments de détente étaient joyeux et toute l’équipe du secrétariat le vivait ainsi, mais il fallait « suivre » ! » se rappelle Josiane Sacadura, qui restera l’unique secrétaire de Raymond Hamelin.

Incendie de la résidence B

Le 8 Mai 1976, un ‪samedi midi, un incendie a éclaté au 5e étage de la résidence B, côté boulevard de ceinture. Un élève, dans une chambre donnant sur le cimetière, se serait endormi sur sa cigarette. Des élèves-ingénieurs bloqués dans leurs chambres ont dû être évacués par la grande échelle des pompiers. D’autres, qui étaient allés manger au Grand Restaurant… en short, n’ont pu que constater la destruction de leur chambre. Il n’y a pas eu de blessés.

La calculette HP 21

En 1975, est apparue une calculette HP 21 : une version HP-35 (qui doit son nom au nombre de touches) de seconde génération, optant pour la notation polonaise inverse. Dotée des quatre opérations de base et de mémoire, elle fut autorisée, dès son apparition, pour les Devoirs Surveillés à l’INSA Lyon. Mais pour éviter les transferts d’informations entre les étudiants, les données numériques des problèmes posés n’étaient pas les mêmes pour tous… évitant ainsi toute fraude !

1985 : femmes de mineurs

« Nous sommes en 1984, la Grande Bretagne connaît une des plus longues grèves de son histoire sous le gouvernement de Margaret Thatcher. Les mineurs britanniques s’opposent vigoureusement à la fermeture de plus de 20 puits qui implique 20 000 suppressions d’emplois. Moi, je suis à l’INSA depuis un an, affecté aux départements GEN et GCU. Nous décidons avec un autre enseignant de faire venir des femmes de mineurs pour qu’elles racontent leur histoire à nos étudiants. En amont j’avais montré à mes étudiants des images à la télé et leur avait fait écouter des bandes sonores sur cette phase historique de la Grande Bretagne. Mais c'est lorsque les femmes de mineurs sont arrivées qu’ils ont réellement pris conscience de leur quotidien et de ce que représentait cette lutte ouvrière. C’est mon plus beau souvenir à l’INSA. »
Albert Karl, professeur d'anglais à l'INSA de 1983 à 2015 

13 février 1986 : 1er gala de l'INSA Lyon

Janvier 86 : l’Insatiable publie son 7e numéro. À la page « Grandes Manifestations » on peut lire « 1er Gala de l’INSA ». Dans les quelques lignes d’introduction, il est expliqué que le Bureau des Élèves a la volonté d’organiser une soirée de prestige pendant laquelle les élèves-ingénieurs pourraient rencontrer leurs aînés. En effet le BAPSO (Bal de la Promo Sortante) qui avait alors laissé place à la « Nuit de l’INSA » ne semble plus correspondre aux attentes des étudiants. Cette belle initiative voit le jour un mois plus tard à Eurexpo qui est à l’époque, la plus belle salle de spectacle de Lyon. L’entrée est fixée à 50 francs pour les insaliens, pour que la majorité d’entre eux puisse participer. Parmi les guest stars : Lennox & Lion Dread et Cookie Dingler.

Cliquez sur l'image ci-dessous et accédez à la page n°6 pour consulter l'article dans son intégralité.

1er gala de l'INSA Lyon à Eurexpo
                           Extrait de l'Insatiable - Numéro 7 - Janvier 1986 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Naissance d'INSAVALOR 

« On se connaissait bien avec Raymond Hamelin, j’étais élu au Conseil d’Administration de l’INSA en tant qu’élu syndical, spécialiste du budget. Au milieu des années 80, Raymond Hamelin fait savoir qu'il engage une réflexion sur les liens des laboratoires de recherche vers les entreprises. Tout le monde se plaignait beaucoup des lourdeurs administratives, surtout les chercheurs, et il fallait simplifier les choses pour permettre plus de flexibilité avec le monde industriel. Mais dans un premier temps, Raymond Hamelin avait pensé à une association pour gérer les contrats. Avec Michelle Stuckens, qui travaillait alors au service de formation continue et qu’il avait missionné sur le dossier, nous avons réussi à l'amener à réfléchir à l’idée d’une filiale de transfert et valorisation des technologies. INSAVALOR naît en 1988, après l’adoption à l'unanimité des statuts de la filiale par le Conseil d'Administration » rappelle avec fierté Christian Pillot, directeur d’INSAVALOR. 

1RE réalisation d’INSAVALOR : POLDEN

« Alain Navarro avait créé avec d’autres collègues chimistes, le laboratoire de Chimie Physique Appliquées et Environnement, LCPAE, en 1973. Quelques années plus tard, ce labo a dû se recentrer sur le champ académique et a même ouvert une formation doctorale, devenu le master SEIU. Comme il n’avait plus pour vocation d’assurer des prestations, on me propose de faire l’interface entre ce labo et les industriels et je constitue, avec quelques jeunes du laboratoire, la structure POLDEN. Cela fut possible dès 1988 grâce à INSAVALOR, qui permettait de fournir une structure administrative et financière pour le transfert des compétences académiques vers le monde industriel. »
Jacques Méhu 

Création du Double Mixte

« Dans le cadre du CAST, l’association des anciens avait mis en place une exposition de 4 jours pour présenter le matériel lié au domaine des stages. Fixée durant la troisième semaine de septembre, cette exposition à destination des stagiaires et des industriels, avait lieu dans les bâtiments Jules Verne et Léonard de Vinci et a pu compter dès le début sur la participation de 50 entreprises. Leur nombre a augmenté et la place a manqué, des chapiteaux provisoires sont apparus et les besoins logistiques des exposants avec. On a fait mettre en place un standard téléphonique rien que pour l'expo, une alimentation électrique sur chaque stand… Très vite, l’exposition a grandi pour devenir le premier rendez-vous du genre hors Paris. À son apogée, en 1987, elle comptait 600 exposants, 5000 firmes représentées et 15 000 visiteurs venus de toute la France. On occupait jusqu’à près de 20 000 m2 du campus ! Pour permettre aux exposants d’organiser des déjeuners de travail, on avait même décentralisée La Tassée, fameux bouchon lyonnais de la rue de la Charité et c’est le Chef lui-même, Jean-Paul Bergeot, qui venait sur le campus préparer 200 à 300 repas par jour ! 
Et puis en 1987, il y a aussi eu une canicule, avec 30 à 35 degrés sous les chapiteaux. Les exposants ont fait une pétition pour qu’on trouve une solution et c’est grâce à une rencontre avec Bernard Sonnier, PDG de Maïa-Sonnier, grande entreprise du bâtiment, qu’on l’a trouvée : construire le Double Mixte pour abriter l’exposition. »

Michel Magnin

Ouverture et diversité - INSA 5717
            L'un des halls de l'exposition ©INSALyon
Ouverture et diversité - INSA 5717
             Inauguration par Charles Hernu  ©INSALyon 
Ouverture et diversité - INSA 5717
             Affluence sous les chapiteaux ©INSALyon
Ouverture et diversité - INSA 5717
 De gauche à droite : Raymond Terracher, Charles Hernu
et Michel Magnin - Inauguration de l'exposition ©INSALyon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 1ers parrainages industriels 

« En 1989, nous avons lancé les premiers parrainages industriels à l’INSA, grâce à l’option Construction Civile du département GCU. C’est aussi grâce au directeur des départements de l’époque, Noël Mongereau que cela fut possible. Je l’ai d’ailleurs remplacé en février 1990 à ce poste, jusqu’à l’arrivée de Joël Rochat qui me nommera directeur du département GCU. Nous signerons 10 parrainages par la suite, avec tous les grands groupes industriels du moment : Bouygues, Eiffage, Vinci. » 
Jean-Marie Reynouard

1990 : naissance des Chap's Angels

Placard à archives 

Trombinoscope - Promo 1976
                                       Trombinoscope - Promo 1976 ©INSALyon

 

Elèves de la promo 1976 - INSA
                                             Élèves de la promo 1976 ©INSALyon

 

 

 

 

 

 

 

coopérative scolaire
                  Courrier de la coopérative scolaire ©INSALyon

 

Economisez l'energie
                 Note du 17 novembre 1976 sur l'économie d'énergie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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